Extrait de « Livia » Roman

Il reprit la route et les lacets qui descendaient jusque Sibiu. Il enfourcha son vélo et dévala la route sinueuse les pieds en éventail sans ses chaussures, la guitare cognant  le long de ses vertèbres, le sourire en bandoulière, et les yeux écarquillés, tant, qu’il récoltait tous les insectes en vol. Il jubilait. Le pied droit parcourait l’herbe du bas-côté. Il sentait la fraîcheur sur ses orteils. C’était bon.

Jusqu’à ce qu’il se cogne sur une pierre sournoise cachée dans la végétation.

— Aïe ! Putain, mais faut-il que je sois stupide !

L’épreuve ne stoppa pas sa descente, mais celle-ci se réalisa cependant avec un peu moins d’ardeur. Il continua la route, jusqu’à ce que son pied soit gros comme un melon, avec des tons allant du vert au violet, et qu’une affreuse douleur  s’amplifiât, lui parcourant la jambe pour rejaillir sur la malléole.

Il faut dire que les ardeurs particulières de Victor s’ancraient dans la démesure. À une certaine époque, il travaillait plus que de raison, partant tôt le matin, rentrant tard le soir, jusqu’à ce qu’un accident de voiture l’obligeât à s’arrêter. Le jusqu’au-boutisme de Victor était toujours ramené à la réalité par un incident violent.

Aujourd’hui c’était une pierre planquée dans les taillis qui l’obligeait à stopper une expédition qui évoluait vers une course folle. N’ayant pas l’envergure d’un athlète de haut niveau, ce voyage commençait à épuiser son corps  sans qu’il y prête l’attention nécessaire. Une pierre pour un déni.

Il s’enduisit le pied d’une épaisse pommade anti-inflammatoire et ingurgita un antalgique avec une gorgée d’eau. Il descendit les quelques mètres qui le séparaient de ce qu’il considérait comme un excellent abri. Sur les fesses. C’était une roche brune, plate et allongée d’environ deux mètres de longueur surmontée d’un court escarpement de rocs empilés comme un mille feuilles. Il avait accroché son vélo à un poteau de panneau indicateur campé au bord de la chaussée. Il s’allongea sur le duvet qu’il avait déplié, car il ne se sentait pas capable de monter son igloo. Il s’endormit à même le sol et sommeilla ainsi deux heures durant.

Un vacarme assourdissant l’éveilla. Il ouvrit un œil embrumé, puis l’autre. Il chercha du regard d’où provenait ce bruit étrange. Un bruit, ou plutôt un ensemble de bruits comme les cris d’enfants dans la cour d’une école mêlés à de petits cliquetis. Il aperçut en contrebas une harde de vautours qui semblaient assister à une conférence. L’un d’eux était planté en face des autres, toutes ailes ouvertes, qui allaient et venaient dans de larges mouvements quasiment circulaires. Les autres le fixaient, pleurnichant, s’égosillant, jusqu’à ce que celui qui semblait être le maître d’école les rabroue. Ils n’étaient pas en rythme…

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