La Corporation des Gueux. Extrait

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Pourtant, au bout de quelques jours, elle eut le sentiment qu’un homme la suivait : le soir, il l’attend devant le portillon de son square habituel, qu’elle rejoint à la tombée de la nuit, afin de ne pas être repérée par la police. Elle en est sûre maintenant, l’homme s’étend sur le banc face au sien. Façon de parler. Il porte une barbe grise sur un visage bouffi. Un regard glauque, terni par les litres d’alcool qu’il doit s’envoyer dans le gosier. Litron de pinard dans la main droite, il se met à apostropher Mona. De loin. Tant qu’il restait à distance, Mona avait décidé de ne pas y prêter attention. Mais les allégations de l’homme deviennent de plus en plus pressantes. Mona décide de changer de square. Elle découvre qu’une femme seule dans la rue est vite décelée par des individus tel l’homme qui la suit depuis ces trois soirs. Ses manifestations évoluent vers des propositions sexuelles, il joint les gestes obscènes à la parole, déjà plus très claire en fin de journée. Le matin, l’homme est convenable si l’on se réfère à ce qui sort de sa bouche et si l’on oublie la crasse de ses vêtements et de son visage tout bouffi. Le soir, il devient ordurier et effrayant.

Il fait presque nuit, il s’approche de Mona jugeant qu’ils se connaissent assez bien pour tenter un « rapprochement » amical :

— Salut beauté, lui dit-il. Il se tient à moins d’un mètre, penché au-dessus d’elle. Son haleine et les bouteilles de Kiravi qui fleurissent le contour du banc en disent long sur ce qu’il a pompé. Mona  se résout à garder une certaine distance, elle se recule. L’homme est de plus en plus affectueux. Elle hésite, se sent prise au piège.

— Bonjour, Monsieur, j’ai remarqué que vous étiez là aussi… depuis plusieurs jours… essaye-t-elle.

— On peut se tutoyer non ? Entre frère et sœur de rues ! éructe-t-il. Mona remarque le visage répugnant et crasseux. Il n’a pas dû voir une douche depuis un max,  pense-t-elle.

— Oh, je n’ai pas l’habitude… Mona cherche discrètement du regard quelqu’un, quelque chose qui pourrait la soustraire à cette rencontre incommodante. Elle n’a pas encore peur, elle cherche la bonne attitude. Puis l’homme s’enhardit. Il s’assied aux côtés de Mona, lui tapote les joues, puis lui tâte la cuisse. Les vapeurs d’alcool contaminent subitement ses narines, elle tente une apnée pour repousser hors d’elle les émanations alcoolisées mêlées aux effluves de tabac froid.  « Un vrai poème ! Un vrai remède à l’amour », pense-t-elle. Elle rit intérieurement, mais saisit tout à coup le risque qu’elle encourt.

— Remettez vos mains autour de votre bouteille, dit-elle espérant que l’homme sera séduit par sa note d’humour. Ce n’est pas le cas. Une brusque colère s’empare de l’homme qui se redresse, soulève Mona, la maintient en l’air, à hauteur de bouche. Il reste là immobile, son regard jaune dans les yeux de Mona, sa bouche à l’haleine de chacal ouverte, les pieds de Mona ne touchent plus terre, ils ondulent sous elle. Puis, elle se débat, jette ses pieds dans les jambes, les tibias de son agresseur qui la lâche en hurlant. Arrivée sur le sol, elle lui assène un dernier coup dans les gonades, et s’enfuit au pas de course hors du square.

 

En attendant la publication du roman…

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3 réponses à “La Corporation des Gueux. Extrait

  1. Merci pour l’adresse de ton amie sculpteur, c’est très beau ce qu’elle fait et je comprends que la sculpture de J.P. Augier t’ait fait penser à son travail. Un autre sculpteur, ami d’Augier, d’ailleurs: Christian Delacoux, dans le même état d’esprit. Il a son site également sur internet.
    Bonne journée Pascale, merci de tes visites sympas.

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