« Autobiographie d’un Croque-mort Dyslexique » Extrait.

 

« Un grand homme avec une moustache brune à la Dali, mon oncle, ce qui était hors du commun à cette époque en Lozère. Cheveux en bataille – que j’ai toujours connus blancs comme la neige – il était toujours affublé d’une salopette bleue et d’une chemise à rayures. Pas à carreaux, à rayures, il disait que c’était plus classe. En réalité, il se fichait absolument de faire bonne figure, il détestait l’ensemble des humains et l’ensemble des humains que je connaissais le lui rendait. Irascible avec les humains, c’était pourtant l’homme le plus gentil que je connaisse, avec mes potes, et les animaux.

Deux d’entre eux, Gilles et Barnabé, me rejoignaient parfois chez l’oncle et nous partions en expédition à la recherche de quelque serpent. Principalement des vipères qu’il nous avait enseigné à repérer et approcher pour les observer sans se faire mordre.
Mais nous avions détourné son érudition pour les capturer à l’aide d’un sac en toile et d’un bâton terminé par un « V ». Nous avions vendu deux ou trois fois le fruit de notre chasse au vieil Armand, un rebouteux qui fabriquait de la vipérine. Il introduisait la vipère encore vivante dans une bouteille d’eau de vie et l’animal en se noyant libérait son venin aux vertus tonifiantes et curatives pour les rhumatismes. Je n’ai jamais essayé les vertus, car il aurait fallu que j’aie des rhumatismes. Entre parenthèses, « Encore eût-il fallu… ». Ça c’est une leçon de conjugaison dont je me souviens ! J’adore la concordance des temps, le passé simple et le subjonctif passé, je trouve qu’ils sonnent bien. Ça rendait fous mes professeurs, car comparé à mes compétences en lecture, mon vocabulaire et ma façon de m’exprimer juraient ! Ils devaient croire que j’y mettais de la mauvaise volonté, avec mon incapacité à lire comme il faut, sans doute pensaient-ils que je me fichais de leur gueule. Ils me le firent payer, en m’humiliant publiquement à chaque fois qu’ils le pouvaient. Je m’en fiche, aujourd’hui, mais dieu ce que les profs peuvent être cons, et méchants, quand ils ne nous comprennent pas…
Toujours est-il que Gilles et Barnabé s’étaient esclaffés en voyant faire l’Armand qui nous avait autorisés à le regarder une seule fois. Moi, j’étais allé vomir dans le jardin, tant j’avais trouvé cruel de la noyer dans de l’eau de vie la vipère. Barnabé s’était foutu de ma gueule en me traitant de mauviette.
Nous cessâmes notre chasse bien avant la loi de soixante-dix-neuf sur la protection des reptiles. Aux propositions de Gilles – ou de Barnabé je n’sais plus – dès le printemps, de renouveler notre chasse, je refusais systématiquement, si bien que nous dûmes trouver d’autres jeux.
Je crois que dans certaines granges on peut encore trouver quelques-unes de ces bouteilles de vipérine ! »

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2 réponses à “« Autobiographie d’un Croque-mort Dyslexique » Extrait.

  1. Mais non Jonas.
    Enfin si je dors !
    Enfin le Louis, son histoire était écrite depuis fort longtemps (pas tant qu’ça) et publiée chez un petit éditeur.
    Je l’ai juste un peu dépoussiéré (pas Louis), amélioré (j’espère) et auto-publié !
    Amitiés d’écrivante

  2. Quelle production Pascale ! Tu dors un peu quand même ? Bon extrait dont l’anecdote ramène à la culture rurale. Le regard citadin a depuis bouleversé pas mal de choses. Un croque-mort dyslexique… Pourquoi pas, finalement ? Bravo en entendant pour cette nième opus. Amitié. Jonas

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