« Jane et la guêpe ». Nouvelle

Jane et la guêpe, c’est une autre nouvelle extraite du recueil « Petits accidents de la vie » dont je viens tout juste de récupérer les droits. Les personnages de ces nouvelles ont des histoires singulières. Presque toutes sont vraies ou inspirées de faits réels. Quel que soit leur dénouement, elles ont en commun des êtres qui ont été surpris, voire violentés, comme Jane, persuadée qu’une guêpe a investi sa bouche…

— Qu’est-ce que ça fait si une guêpe entre dans ma bouche ? demande Jane à longueur de journée.

— Et qu’est-ce que ça fait si j’ai quarante-six de fièvre ?

— Et si j’ai un camion qui m’écrase le pied ?

Jane est obsessionnelle. Ils l’avaient dit, à l’institut, qu’elle ne changerait pas. Même sa psy, elle avait prévenu !

Petite, une ombre s’est approchée d’elle. Trop près…

Ils l’ont laissée chez sa mère.

Malgré l’histoire qu’elle raconte sans raconter. Malgré le silence de sa mère.

Jane, elle ne parle pas. Elle saoule, elle inonde, elle farcit la courge de tout le monde avec ses histoires incessantes et complètement dépourvues de sens. Pour les autres.

Personne ne prête attention, ou plutôt, tout le monde fuit Jane. Elle est fatigante avec ça.

Jane rit. Pour éviter de se noyer dans le vide de sa tête, elle ricane à longueur de temps. D’un rire obsédant. De ces rires qui vous empêchent de dormir, qui vous empêchent de penser.

Jane a cinq ans. Depuis vingt ans, elle a cinq ans.

Elle a vécu d’institution en institution. Puis d’internat en internat. Elle a épuisé les éducateurs, les psychiatres.

Personne ne rentre dans sa tête. Elle se contente d’habiller le monde de ses questions sans réponses.

Depuis deux ans, elle est sous tutelle. Les gens qui ne vont pas bien, on les met sous tutelle. Elle ne travaille pas vraiment. Elle donne un coup de main dans une animalerie, près de chez elle. Elle adore les animaux. Elle a beaucoup de patience avec les animaux. Surtout les petits chiens. Alors, le matin, elle vient à l’animalerie pour changer les litières des chiots et des chatons qui attendent un maître dans des boxes en verre. Elle a le droit de les caresser longuement. Elle leur parle. Avant, elle avait travaillé dans un CAT, un Centre d’Aide par le Travail. Elle n’aimait pas. Quand Jane n’aime pas, faut pas insister. Maintenant, elle travaille à l’animalerie, c’est l’éducatrice qui suit Jane qui lui a proposé cette solution, car Jane ne supporte pas de travailler avec les autres. Jane a peur des « autres ». Les chiots, ça va. La patronne, ça va aussi. Sauf lorsqu’elle discute longuement avec l’éducatrice. Elle fait ça chaque mois. Ce qu’elle n’aime pas, Jane, c’est que l’éducatrice vérifie, examine sans cesse sa situation.

— Ça m’pète les couilles, dit Jane à chaque fois, ça vous regarde pas ce que je fais.

à suivre…

Publicités

2 réponses à “« Jane et la guêpe ». Nouvelle

  1. Terrible cette histoire.
    Ta façon de raconter est très émouvante car sans pathos.
    Je pense au silence de la maman, qui ne doit pas aider Jane…

Vos pensées

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s