« Douche froide », nouvelle. (N°2)

… Le tour était joué ! Il imaginait déjà la tête des membres du jury à la remise des prix. Ce qu’il voulait, c’était sa revanche. Au cas où il serait primé, il se voyait annonçant à l’assemblée que son histoire n’était autre qu’un fait divers à la con. Il leur dirait « toute ressemblance avec un personnage ayant existé n’est pas fortuite… et gnagnagna… Vous l’avez dans l’os. Vous êtes obligés de me disqualifier et de recommencer le vote. »

La crédibilité du festival en prendrait un coup, c’est sûr.

Ça serait son petit plaisir à lui, après toutes ces années où ils avaient refusé tous ses manuscrits. Un à un. Trop longs. Trop courts. Trop typés. Comme la vache qui rit. Là, pensait-il, il tenait le bon ! Et que la fête commence…

Il s’installa à son bureau. Passa une partie de la nuit à écrire. D’un trait. Il calibra. Relut. Il était sûr de son coup. C’était tellement naze que ça passerait. Il n’avait pas la plus haute estime pour les primés du festival. Généralement, les œuvres primées étaient quelconques. Voire médiocres. Bref pas de quoi s’relever la nuit. Il se disait que si les primés étaient des assemblages de conneries… Que devaient être les autres ! Il lui était même arrivé de plaindre les lecteurs. Mais bon… Ce qui le rendait furieux, au fil des ans, c’est qu’il avait envoyé des manuscrits de qualité. Travaillés finement. Tous lui étaient revenus avec l’intitulé « ne correspond pas à la norme ». Merde alors !

Nico n’était pas vaniteux. Il lui semblait simplement que son travail d’écriture valait mieux que beaucoup des œuvres publiées et reconnues par le cercle d’initiés pompeux et snobinards. Et il avait des problèmes avec la norme…

Il laissa le manuscrit sur son bureau, puis s’étendit sur le vieux canapé râpé, le sourire aux lèvres. Le lendemain, il partit à la hâte. La journée passa. Comme les autres. Il courait de pige en pige. De café en café. Alluma plusieurs cigarettes. Déjeuna avec un ami, Elliott, qu’il n’avait pas vu depuis plusieurs semaines. Il lui parla de son intention. Il débattait toujours de ses intentions avec Elliott. Son ami la lui déconseilla. Le jeu n’en valait pas la chandelle, lui dit-il. Ne risquait-il pas de ruiner sa réputation ?… Laquelle ? se disait Nicolas.

À la fin du jour, sa mauvaise humeur s’était éteinte. Peut-être avait-il raison… Il prendrait le temps d’y réfléchir. Il rentra. Croisa la femme de ménage sur le pas de la porte. Prit une bière dans le frigo, s’endormit devant la télé.

Le lendemain, il devait partir pour une semaine. Au Maroc. Il s’était octroyé une semaine. Il n’en pouvait plus de sa petite vie. Destination Marrakech. Au printemps, elle arborait des couleurs magnifiques. La lumière du crépuscule donnait des reflets rougeoyants aux fortifications ocre. Les jasmins, les lauriers roses, les bougainvillées offraient un véritable feu d’artifice. Les terrasses des cafés invitaient Nicolas. Il avait reconstitué chez lui une partie de ce qui le faisait rêver : les couleurs des voilages, des drapés et des coussins de sa terrasse pavoisaient le soir aux feux des bougies qu’il animait. Accordant une atmosphère orientale au cœur de l’Anjou. De sa terrasse, il contemplait l’enceinte médiévale du château d’Angers, de l’autre côté de la Maine, qui lui évoquait les murailles de Marrakech, lorsque le soir elle prenait des tons ocre.

La semaine s’écoula lentement. Heures douces qui lui donnèrent une nouvelle respiration. Il en oublia sa nouvelle, traîna dans les ruelles de la médina, sirota du thé à la menthe. Acheta çà et là quelques objets de cuivre pour sa terrasse. Arrêta le temps. Puis il regagna la France, délassé et soul des nuances chatoyantes livrées par la cité orientale.

Trois semaines s’étaient écoulées. Chaque matin, il descendait au bar du centre piétonnier de la ville. Il aimait boire un café le matin, avant de commencer la journée. Il achetait différents quotidiens, parcourait les pages économiques, se gaussait des conneries des élus, examinait les sorties ciné. Son café avalé, accompagné parfois d’un croissant bien croustillant, il se dirigeait vers ses contraintes.

à suivre…

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6 réponses à “« Douche froide », nouvelle. (N°2)

  1. Il devrait se féliciter de ne pas correspondre à la norme. Quel compliment quand on y pense!!!
    Bon dimanche Pascale

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