« Autobiographie d’un croque-mort dyslexique » Extrait.

« Autobiographie d’un croque-mort dyslexique »

vient de paraître en version papier, broché…  

L’occasion pour moi de vous offrir un nouvel extrait : Sans titre 1

 

 

« Une classe spéciale pour moi. Je t’en fiche. Les autres ne foutaient rien. Ils passaient leur temps à s’apostropher dans la classe et le prof passait son temps à les rappeler à l’ordre. Je me faisais aussi petit que je pouvais. Je ne supportais pas plus l’ambiance de la classe que celle du collège, qui ne différait pas tellement de l’école d’Oullins. Dès que nous sortions, les bagarres éclataient. Dehors ils s’agglutinaient dans un recoin de la cour pour fumer ou chercher des noises aux petits collégiens. Les petits du collège, les sixième, les bleusailles. Ils les appelaient ainsi. Les grands de troisième incitaient ceux de la CPPN à des batailles rangées jusqu’à ce qu’un surveillant braillard survienne. Ou le directeur. Pas commode le directeur. Il fallait bien ça. Les gars de la CPPN n’avaient peur de rien. Ils coinçaient sous les escaliers du collège. Toujours pour fumer. Ou pour racketter les bleusailles.

Nous étions logés au fond de la grande cour dans un bâtiment en préfabriqué. J’essayais de tenir le temps de la récré au dos du bâtiment délabré, coincé entre une haie de pyracanthas piquants aux baies rouges l’hiver et une petite butte qui menait sur un plateau où se tenaient les terrains de sport. Je me tapissais là. À la sonnerie, que je n’entendais pas toujours, je sortais de mon trou et entrais furtivement dans la classe poussiéreuse. Au bout de quelques semaines, un congénère m’emboita le pas et vint d’abord pisser sur les broussailles, puis s’asseoir à mes côtés. André avait tout pour plaire. Son prénom déjà. Désuet même pour les années soixante-dix. Louis passait mieux, je ne saurais dire pourquoi. J’avais cette chance.

Surtout, André avait une espèce de houppette rebelle sur son crâne roux qu’il ne réussissait pas à aplatir ni rendre discrète. Elle rebiquait l’inlassable. Malgré ses tentatives à l’aplanir avec l’eau des toilettes. Ni le gel ni les mèches à l’iroquoise n’avaient fait leur apparition au milieu des années soixante-dix.

Pour aller aux toilettes il fallait traverser la cour. André s’escrimait à demander à sortir avant les autres pour éviter la cohue du début des récrés. Sauf que les « troisième » sortaient à ce moment et qu’ils entraient à sa suite dans les toilettes et s’amusaient à l’enfermer ou l’asperger de flotte.

Jusqu’à ce qu’il cesse d’y aller. Il venait pisser derrière le bâtiment. Derrière mon abri. Une odeur de pisse envahit bientôt la cachette, et je le sommais d’aller vider sa vessie ailleurs. Lui montrant le fourré de pyracanthas. Il était idiot André, la première fois il ne prêta pas attention aux épines et se colla si près qu’il s’y piqua le chibre en pissant. Le chibre et les mains. Il hurla après moi, puis s’en fut dans le préfabriqué pour en ressortir les doigts rouges de Mercurochrome. Je n’osais visualiser sa queue…

Il arriva un matin le crâne presque rasé. Il avait trouvé la solution, croyait-il pour se rendre inaperçu. Sauf que la mode était au long. Souvenez-vous de Mike Brant, Sardou, Lenormand, Julien Clerc ou Balavoine. Ils avaient les cheveux longs ondulés. Même les rockeurs. Que du long. Dégradé mais long. Autant dire qu’il avait tout faux.

Ses longues incisives et ses cheveux courts et drus firent qu’ils l’appelèrent très vite le castor. Ils avaient le sens de la répartie. Il vint donc s’installer à côté de moi, après que je l’eusse invité à pisser ailleurs, que la pluie mouillât les fragrances de pisse et que nous pûmes nous établir à nouveau au pied de la butte. Nous y étions à peu près tranquilles. »

Copyright. Pascale Madeleine

Le livre

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2 réponses à “« Autobiographie d’un croque-mort dyslexique » Extrait.

  1. Terrible, j’adore l’écriture nerveuse et libre, un vrai bonheur mêlé à l’envie d’en savoir plus:)) Evidemment!

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