« Autobiographie d’un Croque-mort Dyslexique ». Mes livres publiés.

 

 

 

Aujourd’hui, voici l’incipit de mon roman. L’histoire de Louis… Singulière…

Elle parle de Louis, de la Lozère, de la dyslexie… Mais pas que ! Louis a un parcours scolaire chaotique, pourtant, opiniâtre et pince sans rire, il ne s’appesantit pas sur son sort. 

A seize ans, il trouve un job d’été au grand dam de son entourage : croque-mort ! 

« Autobiographie d’un croque-mort dyslexique »

Je n’ai jamais beaucoup aimé l’école. Je n’entendais rien à la chose scolaire; les enseignements et les apprentissages furent pour moi une succession d’agitations sans lien. Au remue-ménage quotidien de l’école, je préférais les échappées dans les bois que je considérais comme autant d’opportunités d’étudier, de m’éclairer sur la vie. Comme on dit. Je m’étais socialisé au contact de la nature et avais peu de dispositions pour les relations humaines. Je me fichais pas mal des leçons des maîtres et maîtresses qui se succédaient dans ma vie d’écolier. J’étais un philosophe contrarié. Tout au plus un rêveur.

Les journées de classe s’étaient succédées dans un rythme assommant. Toutes semblables. Je les considérais longtemps comme des épreuves qui offensèrent ma rêverie. Pendant les cours j’avais pour habitude d’observer le défilement des saisons par la fenêtre, je comparais les allures des arbres, modifiées selon que l’on soit en hiver ou en été. Je remarquais le plus petit détail qui avait changé d’un cycle à l’autre, traquais les éventuelles maladies d’écorce qui auraient pu risquer la santé de l’arbre que je dévisageais au gré des métamorphoses climatiques… J’observais les oiseaux aller et venir sur les platanes juste en face de l’école. Parfois c’étaient des tilleuls que je voyais de la fenêtre de la classe que j’occupais. Ou des muriers sur lesquels les défilés d’oiseaux se posaient durant l’hiver, en quête de nourriture ou de quelconque abri. Les oiseaux sont comme nous, ils n’aiment pas la pluie. Mais toujours je contemplais les oiseaux et les arbres. Je me disais qu’il fallait être bien sot pour ne pas profiter du spectacle.

Déjà enfant, je considérais comme une chance d’habiter Rieutort de Randon. Ce village paumé en Lozère, la Margeride en toile de fond, au nord du Causse de Sauveterre et du Mont Lozère. Entre désert et maquis.

J’étais né là, dans la maison familiale. C’était encore admis dans les années soixante, malgré les prémices de l’aseptisation, de l’encadrement, et de la médicalisation des accouchements dans les services hospitaliers occidentaux où la patiente remplaça l’accouchée, alors que depuis la nuit des temps c’était une histoire entre femmes et sages-femmes. Assistée d’une tante, ma mère m’avait donné naissance dans sa maison. C’est bien plus tard que je me suis rendu compte que ce n’était plus vraiment naturel, et que les bébés des villes naissaient dans les maternités.

Je suis né dans le tumulte d’une société qui s’éprouvait et n’avait de cesse de se moderniser ; les Trente Glorieuses (je ne sus que plus tard qu’on les nommait ainsi) étaient là, les ménagères jalousaient leurs voisines de posséder le frigidaire dernier cri que leur mari leur refusait obstinément ; une course à l’équipement ménager relayé par les réclames de la télé – c’était les premiers pas de la télévision, une seule chaîne, rien que du noir et du blanc – dont Boris Vian s’était moqué dans l’une de ses chansons. J’avais découvert Boris Vian avec mon oncle Jean, un peu anar l’oncle, un peu contre le modernisme dont il avait très tôt perçu les dangers. Le José Bové des années soixante ! Il avait de ces colères d’intelligence, dont je crois avoir hérité.

Je fis mes premiers pas bien loin de cette société en mouvement. Dans tous les sens du terme. Je vivais au rythme des saisons, apprenais avec mon oncle la fabrication de refuges et de points de ravitaillements pour aider les oiseaux et les animaux à passer l’hiver. Le printemps, je déblayais les zones de fraie des truites qui vivaient dans la Colagne, la rivière fluette en bas de chez moi qui serpentait dans les champs en se chargeant à la fonte des neiges de débris de bois ou de paille. Débris s’entassant sur le bord des rives qui empêchaient le frayement des poissons. Je connaissais l’importance de cette période pour la reproduction des espèces, et je savais par mon oncle Jean que nos coups de pouce étaient les bienvenus, car l’agriculture en pleine mutation bousculait déjà les écosystèmes. Je l’aidais à l’issue de l’hiver, dans les travaux d’entretien des forêts alentour. Il était un peu le gardien de la nature, un peu cantonnier. On ne dit plus comme ça maintenant. Mais qu’importe, ce n’est pas le sujet.

Nous coupions les branches cassées par les tempêtes hivernales, mettions le bois de chauffage à sécher pour l’hiver suivant, brûlions les talus en fin de printemps, où l’herbe fraîche et haute empêchait la vision des automobilistes, plutôt rares il faut dire, hormis quelques tracteurs. Nos tâches participaient au devoir de préservation et de conservation de la nature. Mon oncle et moi les accomplissions avec fierté, comme les hommes chasseurs et cueilleurs qui s’étaient succédés de la préhistoire au moyen âge. Moi j’avais ce soupçon de fierté en plus car j’assistais mon oncle dans sa tâche à veiller sur la nature. Je n’y étais pas obligé mais j’aimais être en sa compagnie. J’avais le sentiment d’être moi. D’être normal, et à ma place ! Ce qui est rare.

J’allais souvent à la pêche, je récoltais des champignons, collectais des plantes médicinales que je rapportais à ma grand-mère. Je faisais commerce avec le pharmacien de Saint Amans de toutes les herbes que ma grand-mère n’utilisait pas. Je me réjouissais de ces virées solitaires sur les sentiers que je connaissais à la perfection. Sur les chemins de traverse, hors de l’école, hors des jeux des autres enfants, j’étais comme un loup détourné de la meute, l’idée me plaisait. Mais je n’étais pas toujours seul, souvent les après-midi mes copains et moi nous retrouvions sur la place du village ou dans les bois pour construire des cabanes, mais la plupart du temps, j’effectuais mes promenades en solitaire, un peu comme le promeneur de Rousseau.

 

 

Sans titre 1

 

Le livre est téléchargeable  ici ou ici et il est disponible format papier et broché ici

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2 réponses à “« Autobiographie d’un Croque-mort Dyslexique ». Mes livres publiés.

  1. Coucou Alma, oui je pense avoir déjà mis quelques extraits.
    Pierre Rabhi, j’adore ce qu’il dit, ce qu’il fait… Dire qu’il y a moins d’une dizaine d’années, il était inconnu du public. Le net a du bon !
    Oui, c’est un grand monsieur, avec un regard si doux…
    Je t’embrasse Alma

  2. C’est beau.
    J’aime beaucoup ce philosophe contrarié, ce sage d’un autre temps qu’il va bien falloir imiter un jour, si l’humanité veut survivre…
    Je viens justement d’écouter les justes propos d’un autre sage: Pierre Rahbi.
    Il me semble avoir déjà lu quelques lignes de ce Louis si sympathique, je me trompe?
    Bon, je vais voir les clics pour en savoir plus;) Merci Pascale.

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