Paris vs Lyon. Roman épistolaire. Extrait (7)

Lyon Mars 2006 017

         Lyon, le 2 mai

 

Ma Jeanne,

 

Hier c’était la fête du travail ! C’est un jour particulier pour moi, tu le sais, j’ai un passé de militant dont je suis fier même si la dernière expédition a été pour moi source d’affliction. Te l’avais-je dit ? Je m’étais glissé sur une voie ferrée et j’avais agité un fumigène en direction des CRS. Ce qui me valut une amende de trois cent euros (en francs je ne me souviens même plus ce que ça fait), et une peine de prison avec sursis, alors que mon avocat avait plaidé une relaxe pour absence de preuve ! Du coup, mon militantisme se résume depuis à quelques dialogues étayés avec les copains, qui, je te l’avoue sont souvent d’interminables soliloques qui ne semblent pas toujours les captiver, mais mes copains sont indulgents…

J’ai découvert avec bonheur le mur des canuts. Il faut que tu voies ce mur. Le long du bâtiment, des mannequins aux robes de soie multicolores défilent sous des éclairages bleus, jaunes et orange. Quelques reflets verts. Malheureusement, quelques tags se sont invités sur cette fresque qui couvre dans son entier le mur d’un immeuble boulevard des canuts. 1200 mètres carrés, je ne pourrais jamais peindre un tel tableau ! J’ai d’ailleurs arrêté la peinture depuis quelques semaines, comme tu le sais, mon arthrose me paralyse les doigts, mes mains ressemblent à des mains de sorcière, ou à l’idée que je m’en fais. C’est la plus grande fresque d’Europe, de quoi rendre jaloux Picasso, même si Guernica demeure l’une de mes œuvres préférées, mais ô combien triste face à ce mur qui célèbre la vie des ouvriers canuts du 19e siècle. Quelle n’a pas été ma surprise de le découvrir au gré de mes promenades à vélo, je ne le connaissais pas car il a été peint en 87 je crois. J’avais quitté Lyon à cette époque. Au centre de la fresque, un grand escalier escalade le haut du mur. On jurerait pouvoir y grimper. On y voit les ateliers de tisserands, des métiers à tisser, des boutiques de soieries, des passants, même quelques chats ! Tu connais l’affection sans borne que je voue  aux chats, j’aurais tellement aimé peindre cette fresque… Ils ajoutent des détails à chaque fois qu’ils la restaurent, plus en rapport avec la vie quotidienne. Je ne t’en dis pas plus, et laisse les détails afin que tu voies de tes yeux clairs ce magnifique travail lors de ta venue ma Jeanne… Lyon est une pionnière. Une quinzaine de fresques tapissent les immeubles de la ville. Des travaux gigantesques. Des œuvres originales et surdimensionnées. Les artistes ont créé une coopérative dans les années soixante-dix, je crois, et peignent des fresques dans le monde entier ! Tu imagines, je n’ai assisté à ces évènements que de loin. Je me rends compte que j’ai loupé tout un pan de l’histoire de ma ville natale, qui m’a recueilli à nouveau à l’aube de ma vie. Je vais me rattraper, chaque semaine je vais aller admirer l’une de ces fresques. En vélo. Ils louent des vélos comme à Paris. Comme à Lyon devrais-je dire, car je crois là encore que Lyon est pionnière. Après Amsterdam évidemment. Lyon comme une vitrine, a contaminé les villes de Bruxelles, d’Aix-en-Provence et de Marseille. Je pense que ceci me vaut un point !

Eh bien, chaque semaine, je prendrai un vélo et j’irai voir l’une de ces fresques. Il me faudra donc quatorze semaines afin d’en découvrir les plus grandes je crois. Quatorze semaines, c’est un peu le temps dont nous aurons besoin pour prendre une décision. Cela nous mène à la mi-août. Septembre est un bon moment pour les nouveaux départs ! Lyon ou Paris ? Paris ou Lyon ?

Quel dommage que tu ne sois venue. J’avais imaginé une longue promenade sur les quais, en soirée, ainsi qu’un diner dans l’une des guinguettes du bord de Saône. Nous aurions dégusté une friture, je sais que tu n’affectionnes pas les grenouilles, qui sont pourtant remarquablement bonnes dans l’un de mes restaurants coutumiers ! Nous nous serions même attablés à la terrasse de notre glacier préféré à Saint-Paul. C’est un endroit agréable, quoiqu’un peu près de la circulation. Les glaces y sont somptueuses. Pour la peine je m’y suis rendu seul, mais c’était beaucoup moins magique, d’autant que j’ai dû faire une indigestion de glace au chocolat, j’en ai consommé un nombre incroyable qui devait consoler ma déception. En fait de consolation, je suis resté au lit toute la journée du premier mai, en alternance avec mes visites, nombreuses,  aux toilettes. Je crois que je demeurerai à jamais une arsouille sans jugeote…

                                                                                Ton Jean

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4 réponses à “Paris vs Lyon. Roman épistolaire. Extrait (7)

  1. En effet, les commentaires sont très mélangés:)) mais ce n’est pas grave, l’essentiel est de pouvoir poursuivre les échanges de Jean et jeanne.

  2. Bonjour Alminato !
    Je l’aime bien ce musée-tuyaux même si je reconnais que c’est surprenant et spécial de le trouver lorsque l’on vient des petites rues qui ont conservé le charme architectural des époques qui se sont succédé. Pourtant je me dis que cela est très subjectif, comme l’art que l’on apprécie tous de manière différente. C’est pourquoi je reste ambivalente par rapport à cette construction.
    Pour ce qui est du roman, je pense le publier prochainement sous forme numérique, comme mon roman Tzigane, que je viens d’auto-publier sur Amazon ou smashwords. J’ai envie de sortir tous ces écrits du placard et qu’ils soient lus par un plus grand nombre. Tu pourras donc le lire ! Je l’avais commencé par jeu, car j’aime ces deux villes – même si dans l’absolu, je leur préfère la Nature – et je l’avait laissé de côté. Puis, je « me suis mise » à le retravailler et j’ai changé le titre. Tu peux trouver sur le blog d’autres extraits.
    Bien à toi…

  3. On aurait pu tout aussi bien conserver la superbe structure des halles cela n’aurait pas empêché d’y installer un musée d’art contemporain, bien au contraire…. je t’avoue que ces canalisations criardes me donnent tout de même un peu la nausée mais ce n’est rien en comparaison avec la tête de veau en effet:)
    Quand à ton texte, j’en aurais volontiers lu plus et avec enthousiasme, en fait, tu m’as mis l’eau à la bouche et j’aimerais bien le lire en entier, ce roman épistolaire.

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