Paris vs Lyon. (8)

Paris, le 5 mai

 

Mon Jean,

 

La ville qui t’a recueilli à l’aube de ta vie dis-tu ? Tu n’y vas pas un peu trop dans l’emphase ?

Je suis bien désolée de n’avoir pas pu venir d’autant que je me sens un peu responsable de tes excès…

J’ai hâte de voir toutes les choses que tu me décris dans tes lettres. La fresque doit être magnifique. Je ne connais rien de semblable ici. Cela va te réjouir de penser que Lyon gagne des points sur Paris. Mais Paris reste la capitale ! Avec tous les désagréments qu’une ville six  à dix fois plus vaste que les autres villes de province. Je sais. Napoléon, après avoir longuement hésité entre Lyon capitale des Gaules et Paris et sa populace, il a choisi Paris. C’est ainsi. À propos, sais-tu d’où notre bonne vieille capitale tire son nom ? Du peuple gaulois des Parisii. Le mot Paris est en fait la transformation, avec le temps, du latin Civitas Parisiorum (la Cité des Parisii). C’est cette désignation qui l’a emporté sur Lutetia (Lutèce) nom donné par les Romains. Tu dois savoir cela, toi qui es passé maître dans l’histoire de nos cités ! Lorsque Labienus le petit lieutenant de Jules César, prit Paris, elle s’appelait Lutèce. C’était Lyon la capitale de la Gaule.

Je nous concède un point chacun : nos deux villes ont été capitales. En revanche, je ne me souviens plus quand elle a changé de nom ni même quand elle est devenue la capitale…

Qu’il est bon ne plus avoir rien d’autre à faire que d’observer la ville, les gens, la vie ! Enfin la vie… Ce matin je ne saurais te dire pourquoi, je suis allée au cimetière. Pas pour réserver une concession, d’autant que celui que j’ai visité doit avoir une longue liste d’attente.          Si tant est qu’une liste d’attente existe pour l’entrée au cimetière ! Non, je suis allée au Père Lachaise. Aussi curieux que cela puisse paraître, je ne m’y étais jamais rendue. Toute parisienne que je sois. Eh bien j’ai appris que cette nécropole est le plus grand espace vert de Paris. Ce qui n’était qu’une terre agricole – mais ça doit être ancien – devint un cimetière au 19e siècle. Deux millions de touristes franchissent chaque année les grilles de ce gigantesque jardin classé monument historique. J’ignorais que l’on puisse classer un cimetière monument historique ! Les ossements font-ils partie du patrimoine ? Dans ce cas la perspective de m’y retrouver revêt une relative attraction !

J’ai revu cette petite que j’avais croisée l’autre jour. J’ai dû t’en parler déjà. J’ai découvert qu’elle est à la rue cette petite. Le matin, elle va dans les toilettes de la gare de Lyon pour retirer le vieux pantalon qu’elle met pour la nuit, pour passer inaperçue. Je l’ai vue en sortir lorsque je suis allée changer mes billets de train. Elle flotte dedans. Dans son pantalon. Ses petites jambes ne réussissent pas à emplir l’intérieur. Elle est si petite, si fine. De grands yeux verts sur une frimousse ovale. Ce matin, elle portait sa robe longue aux fleurs multicolores. Elle était chaussée de brodequins noirs aux lacets défaits comme la plupart du temps.

J’étais attablée dans le bar de la gare, tu sais, Le train bleu. J’y buvais un café. Elle lorgnait les viennoiseries sur la table devant moi. J’avance la panière l’air de rien. Elle en prend un, l’engloutit en moins de deux ! Nous avons fait un brin de causette. Elle est marrante cette petite, mais je pense que la rue n’est pas sa place. Elle s’est enfuie, elle me l’a raconté, de chez elle. Sa mère devenait insupportable. Je crois qu’elle est alcoolique sa mère. Elle s’est engouffré un deuxième, puis un troisième croissant et nous nous sommes séparées. La vache, qu’est-ce qu’elle bouffe !

Te dirais-je que j’attends de tes nouvelles avec l’impatience de l’élève (pas celle que je fus à l’école, car j’étais plutôt du genre bavarde et absente) ? Les histoires de tes fresques m’emplissent d’une curiosité pour ces œuvres trompe-l’œil qui embellissent des murs sans doute anciens et délabrés… Une certaine humanité se distingue me semble-t-il dans ces œuvres.

À te lire,

                                                                       Jeanne

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Une réponse à “Paris vs Lyon. (8)

  1. Ouais, toujours délicat de tendre le panier de croissants, on a toujours peur que l’oiseau s’envole…

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