Titeuf. SDF, mon ami, mon frère, mon camarade…

Le travail en cours (entre autres). Le récit au fil des jours des anecdotes, histoires de vie de mes amis Titeuf et Jérôme, qui se sont rencontrés dans la rue. Ils sont SDF. Mais pas que…  

 

Titeuf. Dix ans de rue. De rues devrais-je dire. Car il a la bougeotte. On a du mal à imaginer la vie des sans-abri, avant. Avant la rue. Avant d’être enfermé dehors comme dirait l’autre. Titeuf est menuisier. Sans doute menait-il une vie comme tout le monde. Boulot femme maison… Boulot… Puis descente. Irruption dans l’inconnu. Une séparation mal vécue, il dit. Regard amer. Comme si c’était hier. Le temps devient une évocation toute relative qui ne peut révéler le contenu de dix ans sa vie. Qu’un contenant plein de traquenards.

Il a perdu son RSA. Radié il y a six mois. Quand un oubli devient une véritable galère : tu n’actualises pas ton dossier, plus de sous. Direct. Pas de deuxième tour. T’as pas attrapé la queue du singe sur le manège, faut descendre. Titeuf est descendu du manège. D’autres chats à fouetter. Y a la maladie, ça occupe. Y a la manche tous les jours, ça absorbe beaucoup de temps. Le tram à prendre pour se rendre en centre-ville, s’installer, brancher les passants, c’est un boulot, ça n’a l’air de rien comme ça, mais ça demande une concentration. Attirer l’attention sans verser dans le misérabilisme. Faire rire même. Quand on est assis par terre, on  ne voit que des jambes défiler, certaines sont pressées, d’autres sont molles, comme les montres molles de Dali. D’autres encore se détournent on voit clairement les genoux pivoter vers « ailleurs ». Donc l’important, c’est d’attirer le regard, plus haut, que les visages se braquent vers le bas, s’ils n’ont pas vus, de loi, en arrivant, l’homme assis. Choisir une phrase qui va interloquer, inciter, charmer peut-être. Comme un acteur, t’aurais pas une petite pièce ? Le choix de l’endroit est stratégique, presque militaire. Un bon emplacement faut l’garder. Généralement, on n’empiète pas sur le territoire de l’autre. Parfois un olibrius essaie bien de te piquer la place si t’es arrivé en retard, ici on pointe presque comme à l’usine. Tu lui fais une demande polie, de se décaler de cinquante, en général il obtempère. Néanmoins, il arrive qu’il faille user  de persuasion plus… persuasive si l’olibrius est sourd ou résistant. Sans  RSA, la manche le dépanne.

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6 réponses à “Titeuf. SDF, mon ami, mon frère, mon camarade…

  1. Oui, je partage ton avis Carole pour ce qui est de la maladie mentale.
    J’ai peu de mal à imaginer leur vie pendant parce que je les côtoie avec les autres maraudeurs… Même si après les maraudes, nous, on rentre chez nous…

  2. Il me semble toujours que ces pauvres gens sont la forme mmoderne de ce destin impitoyable, dans les tragédies d’autrefois. Des vies condamnées. Tu écris qu’on a du mal à imaginer leur vie avant, mais je trouve qu’on a encore plus de mal à imaginer leur vie après. De quoi pleurer, mais involontairement on « s’endurcit », on en croise tellement. Le monde dans lequel nous vivons me semble atteint d’une sorte de maladie mentale collective.

  3. Eh bien si. Il faut juste recommencer à zéro !
    Même dans la rue, on traîne, on est occupé, comme je l’ai écrit…
    Et surtout… On se lasse
    Amitiés Alminato

  4. Bien sûr que c’est un droit inaliénable…
    Article 25
    « 1. Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »
    Pourtant…
    Merci de votre passage Michèle
    Amitiés

  5. Vous parlez très bien de la détresse, une détresse de la ville devant laquelle nous nous sentons sans armes, nous gens de la campagne profonde. Personne n’a demandé à naître : le « droit à un abri » ne devrait-il pas faire partie des Droits de l’Homme comme le droit à l’éducation?

  6. Et pas moyen de le récupérer, ce RSA, avec une bonne assistante sociale qui referait tout le dossier?

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