Exit « Cœur de pigeon »… Louis, dyslexique… croque-mort

L’histoire est ressortie, considérablement remaniée , il me semble…  En voici donc l’incipit, tout nouveau !

Et puis je vais cesser avec Louis, car j’ai mon autre roman à terminer… Arrête ma fille, tu m’éparpilles…   (oui je me parle et alors ?)

 

Je n’ai jamais beaucoup aimé l’école. Je n’entendais rien à la chose scolaire ; les enseignements et les apprentissages furent pour moi une succession d’agitations sans lien. Au remue-ménage quotidien de l’école, je préférais les échappées dans les bois que je considérais comme autant d’opportunités d’étudier, de m’éclairer sur la vie. Comme on dit. Je m’étais socialisé au contact de la nature et avais peu de dispositions pour les relations humaines, et me fichais pas mal des leçons des maîtres et maîtresses qui se succédèrent dans ma vie d’écolier. J’étais un philosophe contrarié. Tout au plus un rêveur.

Les journées de classe toutes semblables s’étaient succédé dans un rythme assommant que je considérais longtemps comme des épreuves qui offensèrent ma rêverie. Pendant les cours j’avais pour habitude d’observer le défilement des saisons par la fenêtre, comparais les allures des arbres, modifiées selon que l’on soit en hiver ou en été. Je remarquais le plus petit détail qui avait changé d’un cycle à l’autre, traquais les éventuelles maladies d’écorce qui auraient pu risquer la santé de l’arbre que je dévisageais au gré des métamorphoses climatiques … J’observais les oiseaux aussi, aller et venir sur les platanes juste en face de l’école. Parfois ce furent des tilleuls que je voyais de la fenêtre de la classe que j’occupais. Ou des muriers sur lesquels les défilés d’oiseaux se posaient durant l’hiver, en quête de nourriture ou de quelconque abri. Les oiseaux sont comme nous, ils n’aiment pas la pluie. Mais toujours je contemplais les oiseaux et les arbres. Je me disais qu’il fallait être bien sot pour ne pas profiter du spectacle.

Déjà enfant, je considérais comme une chance d’habiter Rieutort de Randon. Ce village paumé en Lozère, la Margeride en toile de fond, au nord du Causse de Sauveterre et du Mont Lozère. Entre désert et maquis.

J’étais né là, dans la maison familiale. C’était encore admis dans les années soixante,  malgré les prémices de l’aseptisation, de l’encadrement, et de la médicalisation des accouchements dans les services hospitaliers occidentaux où la patiente remplaça l’accouchée, alors que depuis la nuit des temps c’était une histoire entre femmes et sages-femmes. Assistée d’une tante, ma mère m’avait donné naissance dans sa maison. C’est bien plus tard que je me suis rendu compte que ce n’était plus vraiment naturel, et que les bébés des villes naissaient dans les maternités.

Je naquis dans le tumulte d’une société qui s’éprouvait et n’avait de cesse de se moderniser ; les Trente Glorieuses (je ne sus que plus tard qu’on les nommait ainsi) étaient là, les ménagères jalousaient leurs voisines de posséder le frigidaire dernier cri que leur mari leur refusait obstinément ; une course à l’équipement ménager relayé par les réclames de la télé – c’était les premiers pas de la télévision, une seule chaîne, rien que du noir et du blanc – dont Boris Vian s’était moqué dans l’une de ses chansons. J’avais découvert Boris Vian avec mon oncle Jean, un peu anar l’oncle, un peu contre le modernisme dont il avait très tôt perçu les dangers. Le José Bové des années soixante ! Il avait de ces colères d’intelligence, dont je crois avoir hérité.

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2 réponses à “Exit « Cœur de pigeon »… Louis, dyslexique… croque-mort

  1. Je me retrouve dans ce récit, depuis la première phrase, en passant par le petit bled perdu jusqu’à Boris Vian….
    J’en lirais bien volontiers davantage, c’est en cela que je reste sur ma faim!

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