Maraudes Lyonnaises toujours

Maraude en forme de SOS. Hier, je devais me retrouver seule au bout d’une demi-heure, une nouvelle maraudeuse avait eu un empêchement de dernière minute comme il en arrive parfois. Les maraudeurs ont une vie. Hors de la rue. Je jetais donc un SOS sur les réseaux sociaux afin de trouver des bras amicaux, et j’en trouvais dans la seconde. Parfaitement ! Comme quoi la solidarité n’a pas complètement disparue dans ce monde de brutes !

Après avoir rencontré un « revenant » musicien, l’accordéoniste de la presqu’ile, s’il en fut un seul, que nous n’avions pas vu depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, je rejoignais Marie-Pierre à l’entrée de la rue de la Ré. Nous rencontrâmes cette petite femme toute courbée qui mendie devant l’une des boutiques de la place Bellecour, celle dont s’était moquée fort violemment une nana, lors de la maraude de samedi (faite avec Isa et Djamel), sans doute furieuse de trouver une « étrangère » à béquille (comprendre une Rom) qui soi-disant profitait de nous en travestissant une infirmité… Je suis toujours aussi étonnée du manque d’altruisme et de la vanité de certaines personnes. Celle-ci accompagna ses paroles d’un mouvement de béquille – elle aussi en était munie, sans doute un accident de ski, elle était du genre à se taper les remonte-pentes et pas à les descendre (les pentes) comprenne qui pourra – envers la vieille, qui d’ailleurs n’en est pas une, mais comme elle est constamment courbée, je n’ai découvert son visage qu’hier. Elle doit avoir dans les quarante ans… Bref, pendant que la dite vieille sirotait son café, d’autres passants nous exhortaient à « faire attention » à elle, s’imaginant sans doute qu’elle nous volerait car elle lorgnait les valises que nous fouillions afin de trouver quelque chose à lui donner. Comme le monde est mesquin décidément.

Tour fait de la place, rencontre avec deux autres musiciens, un violoniste de notre connaissance et un autre avec lui, dont je ne suis pas fichue de me souvenir de quoi il jouait, pas du pipeau en tout cas, et Gisèle nous a rattrapées armée d’une valise pleine de frusques pour enfants, et de quelques cigarettes qu’elle distribuera à nos fumeurs préférés. Trop top cette Gisou !

Nous continuâmes notre parcours, jusqu’à Jean, toujours assis dans la rue Victor Hugo, et Gandalf le gris. Il allume prestement l’une des cigarettes offertes. Tristesse toujours. Celui-ci file un mauvais coton… Il faut se résoudre parfois à cette mélancolie qui les envahit peu à peu, et ne laisse paraître d’eux que ces silhouettes, tout juste simulacres de vie.

Plus loin Soline, et sa maman qui visitait Lyon de cette curieuse manière qu’est la maraude, sont venues prêter leurs bras et leur bonne humeur. Marianna, Calin et leur bébé, cette petite fille espiègle au regard noir nous attendaient. Puis ce fut le tour de Marius, toujours de bonne humeur, charmeur, conteur d’histoires. La sienne il ne me l’a racontée qu’une fois, car Marius ne fait pas étalage… Heureux des chaussures et du nécessaire de rasage qu’il nous avait demandé samedi. « C’est pas parce qu’on est clochard qu’on est sale hein ? » nous avait-il lancé. Aïe j’ai oublié les boxers, d’ailleurs Gandalf aussi en avait besoin. Ça ne fait rien dit-il, la prochaine fois. Les chaussures apportées pour Indra qui a des cors aux pieds n’allaient pas, là encore, c’est lui qui réconforte devant la mine dépitée, « ça ne fait rien, la prochaine fois »… Certains de ceux qui vivent dans des conditions que je ne suis pas sûre que la majorité d’entre nous, autres humains pourrait supporter,  m’étonnent toujours de cette patience et de cette bienveillance qu’ils ont.

Quelques-uns des réfugiés nous ont rejointes place Carnot, où les vêtements apportés par Gisèle firent des heureux. Puis les quelques portions de salade de chou chinois et les dernières clémentines furent données aux trois derniers « visités » de la maraude : trois hères, côte à côte, mais qui ne paraissent guère échanger quoique ce soit, sinon l’infortune, qui étaient assis non loin du métro sinistre de Perrache. Là où les voyageurs pressés circulent à pas comptés et prompts. Le couple de Roms que je n’avais pas vu depuis quelques semaines arriva, mais nous avions tout liquidé. Eux non plus ne paraissaient pas dans leur assiette. Et dire que je n’avais plus rien à y mettre… Comme je m’en voulais une fois de plus. Les maraudes ne se ressemblent jamais et ce que nous pouvons distribuer dépend aussi du nombre de maraudeurs. Plus nous sommes, plus nous pouvons donner. Sauf les sourires, ça on n’en manque jamais… Mais un sourire ne répare pas tout.

 

PS : comme je suis fainéante, ce « compte-rendu de maraude » est aussi ici :

http://fringuesoupecie.wordpress.com/2014/03/13/maraude-du-mercredi-12-mars-2014/

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4 réponses à “Maraudes Lyonnaises toujours

  1. C’est bien de souligner la gentillesse de ces personnes, celles qui te consolent de ne pas apporter assez…comme tu le dis combien d’entre nous seraient capables de tenir dans ces conditions?
    Ils s’enfoncent parfois, je le constate aussi, et là, on ne peut pas faire grand chose…il y a un moment ou nourriture, cigarettes et couvertures ne suffisent plus.

  2. J’aime bien l’idée de la fainéantise !
    J’aime encore mieux la fainéantise…
    Merci Mony (tu y as participé toi aussi…)
    Belle journée ensoleillée

  3. Tu es tout sauf fainéante et tu le sais… Mais quand on peut s’épargner du travail, il ne faut pas hésiter …. Bon, sinon, merci encore une fois pour les récits que tu nous fais et , surtout, merci pour ce que tu fais….

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