Les conditions climatiques ne tuent pas les hommes des rues…

Voici (quand même) un article que j’ai posté sur l’autre blog, celui qui occupe mon esprit parce qu’il cause de la rue, des exclus, qui m’occupent le ciboulot… 

Les conditions climatiques ne tuent  pas les hommes qui survivent dans les rues, même si le froid nous paraît insupportable, à nous, qui rentrons au chaud chaque soir après une journée de travail. Il est intolérable pour ces gens, tout simplement parce que eux, restent dehors vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Mais la considération,  c’est cela dont souffre l’homme de la rue. Ou plutôt, c’est du manque. Ce grand vide, ce qui nous fait tenir au boulot, ce sentiment d’appartenir quand même à l’humanité, sentir sa propre utilité, même entre les lignes, même succincte. Ces hommes ne peuvent plus ressentir cela, simplement parce qu’ils ont eu la malchance de se retrouver ici, sur le bitume, avec pour seul logis un bout de carton. Avec pour seul secours la main tendue d’un passant. Piètre consolation. Et ce même passant qui va bientôt rentrer chez lui, on va se mettre à l’envier, voire même à lui en vouloir parfois, de ne pas faire davantage, le froid et le découragement aidant.

Imaginez si vous n’aviez plus ce sentiment…

Un an maintenant que nous maraudons, avec toujours les mêmes questions auxquelles nous ne pouvons répondre : que ferions-nous si nous étions à la place de Sorin, Octavianus, Robert, Hans et les autres… Comment nous en sortirions-nous ? Deviendrions-nous ces êtres que l’on croise au détour d’une rue, qui ont perdu toute considération pour eux-mêmes et qui errent, le regard vide, le corps baignant dans la pourriture presque…  Déjà…

Juste parce qu’ils ont le malheur de vivre dans la misère et sont stigmatisés uniquement pour leur apparente dégradation, alors que d’autres « les plus haut perchés » ont le pouvoir, l’argent nécessaires pour les en sortir, de cette misère, mais qu’ils se contentent de faire fructifier ce pouvoir et cet argent distillant de la misère çà-et-là sur la planète à grands coups de transactions boursières et de trocs diplomatiques.

Le monde est ainsi fait, quelques-uns paient la facture : le monde capitaliste se nourrit de la misère de l’autre, le montre du doigt, cet autre qui soi-disant coûte de l’argent à la communauté alors qu’il en est exclu. On lui fait sentir qu’il dérange et qu’il coûte.

C’est pourquoi l’on continue à lui rendre cette visite, afin qu’il ne perde pas la seule chose qui peut encore le sauver et lui permettre d’endurer ce que nous ne pourrions peut-être pas endurer : la solitude, le manque d’affection et de considération…

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6 réponses à “Les conditions climatiques ne tuent pas les hommes des rues…

  1. Oui, je te crois complètement, déjà qu’au boulot, le sentiment d’en avoir de moins en moins, de considération, peut être très pénible, il est très difficile d’imaginer comment on s’en sortirait si on vivait dans la rue… Merci une fois encore pour tes précieux articles!

  2. Oui moi aussi je trouve cette idée fort judicieuse Noctamplume !
    Et comme tu as raison TOUS les maraudeurs bénévoles de « mon équipe » (un bien grand mot) font tous partie de la classe entre moyenne et pauvre (moi y compris)…
    CQFD
    Amitiés à toi !

  3. Bonsoir Pascale Madeleine
    Et ce n’est que le début, faute de le dénoncer vivement, les richesses continuent de s’accroître en faisant naître de plus en plus de pauvreté.
    Le rouleau compresseur est en route et nous sommes pris dans un engrenage, il faut savoir que même beaucoup de personnes avec du travail, sont maintenant devenues pauvres et quand elles ont tout payé, elles sont à découvert au milieu du mois et bien avant pour nombres d’entre eux…
    Et ce n’est surtout pas les vrais riches qui vont donner ou aider les pauvres, c’est souvent la couche moyenne, mais la couche moyenne est en train de disparaître et ce rapidement…
    J’en faisais partie, il n’y a pas si longtemps et maintenant, une fois que j’ai tout payé, j’ai du mal à manger convenablement, alors que j’ai supprimé toutes les dépenses dites de confort et de loisirs.
    J’ai bien aimé l’idée de almanitoo
    Bisous et bonne nuit
    Le Noctamplume

  4. Tiens en voilà une remarque qu’elle est bonne : l’année dernière lorsque nous avons commencé les maraudes je me disais la même chose à propos des petits chalets installés çà-et-là… Ce furent mes premières évocations dans le Carnet de maraudes !
    Merci de votre fidélité, et de ce commentaire qui fait du bien !

  5. Excellent article.
    Si tout ce que l’on dit sur le réchauffement climatique est vrai les pays riches seront forcément confrontés un jour à des populations d’exilés en masse, il faudra bien à ce moment là se poser la vraie question, celle du partage des richesses lorsque la différence sera trop visible!
    Des solutions simples sont pourtant possibles…si on en a la volonté.
    Comment ne pas s’indigner, par exemple, chaque année au moment des fêtes de voir avec quelle facilité et quelle rapidité on monte ces petites baraques en bois pour les marchés de Noël, (système électrique compris) et de voir qu’on ne « peut » pas faire de même pour les gens sans logis?
    Merci pour tous vos articles utiles, indispensables, je vous suis depuis quelques temps déjà avec beaucoup d’intérêt.

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