« Les termites ». Roman. Extrait

J’ai repris l’écriture, ou la réécriture du roman « Les termites ». Certains d’entre vous ont sans doute déjà lu quelques extraits sur mon ancien blog. Mais comme il s’agit d’une réécriture, je vous en soumettrai quelques extraits, histoire de causer un peu. Vous me direz, elle tourne en rond, avec ses sans-abri. Ou vous ne le direz pas…

C’est que, ce sont eux qui m’ont inspiré ce roman, que j’aimerais grave et drôle, un peu… Une gageure ?  

« Gilles, l’autre jour, la police l’a emmené en cellule de dégrisement. Il n’était pas ivre, ou à peine. Il a l’habitude d’être embarqué. Les prétoriens débarquent à l’improviste, descendent du fourgon, à deux souvent, parfois à trois. Ils le saisissent par les bras, il ne se débat pas, le hissent dans le camion, l’installent en cellule pour la nuit. Lorsqu’ils jugent que Gilles est dégrisé, ils l’escortent au dehors. Gilles ne dispute jamais la controverse dans les locaux de la police. Il n’est pas complètement cinglé – même si, souvent, il s’accroupit au bas d’une porte cochère, et gratte la porte – il se laisse, faire les prétoriens sont vigoureux.

À l’aide d’une lame de couteau cassé, il grave des petits graffitis sur les portes des immeubles de la ville. À longueur de journée il truffe les portes de ses dessins, qui semblent ne rien représenter au premier abord. Des gribouillis ou des témoignages extraterrestres, voire des figures préhistoriques. « Faut pas écrire là » vocifèrent les passants gênés, ou les occupants de l’immeuble, tout en esquivant le regard. Mais Gilles continue, comme si c’était une raison de vivre, peut-être la seule qui lui reste. Il se nomme Gilles, mais qu’importe, personne ne l’appelle plus par son nom, à part Sylvain. Il n’a plus d’identité pour les autres. On ne sait rien de lui, mais qui connaît l’intimité des clodos…

          Les gens ne saisissent pas les épigraphes de Gilles. Les flics lui en veulent de poser ces graffitis sur les portes, « il détériore » disent-ils. Il est interdit de gratter les portes, de dégrader ainsi l’espace public. Les flics sont là pour veiller à ce que tout soit en bonne place. C’est leur boulot, rien à dire.

         — C’est pas ta porte, répond Gilles, agressif. Il exagère toujours.

         — Allez, tais-toi répondent les policiers les plus zélés.

         Un jour ils sont arrivés à cinq – certaines écuries abritent tout un tas d’ardents cerbères de la loi – l’ont culbuté à coups de pompes, il sommeillait sur un carton dans l’encadrement d’une porte d’immeuble, bien à l’abri du vent. Ça ne se fait pas.

         — C’est interdit de dormir là, les gens se plaignent, dirent-ils.

         — Ah ? Et où voulez-vous que je dorme ? Hein ? Dans un hôtel quatre étoiles ? Gilles distribua quelques coups de pieds. Repoussa les dépositaires. L’un d’entre eux sortit une bombe lacrymogène, les yeux piquaient.

         — Sac à merde, brailla l’un d’entre eux, il avait du vocabulaire.

         — Pourquoi sac à merde ? risqua un jeune garçon témoin de la scène.

         — T’en mêle pas, riposta l’auxiliaire, on fait notre boulot. Taille-toi.

         Le garçon insista « pourquoi sac à merde hein ? Vous êtes dans la police, pourquoi vous dites sac à merde ? » Le roussin avança vers lui, menaçant. Les yeux noirs. Le garçon abandonna, tête baissée il se résigna à continuer son chemin. Il était seul, qu’aurait-il pu faire contre tous ces prétoriens en plein travail… Ils encerclèrent Gilles, le saisirent par les membres et le propulsèrent dans le camion. Il resta deux jours à gueuler dans une cellule. Les nuits il se reposa.

         Ceux-là sont différents des flics du quartier. Les préposés du quartier le tolèrent, et même lui offrent parfois un casse-croûte. C’est mieux que rien. Il est reconnu, c’est important. C’est le signe qu’il est encore humain. »

Publicités

14 réponses à “« Les termites ». Roman. Extrait

  1. A priori je crois qu’effectivement il ne faut pas hésiter à exposer au lecteur tout ce qui peut donner de la chair aux personnages (mais je ne peux pas vraiment me rendre compte à partir d’un extrait)! Bonne semaine!

  2. ou les laisser un long moment dans le fond d’un tiroir, oui…
    J’ai donc ouvert les tiroirs !et… Quelle poussière là-d’dans !
    Sourire.
    Pour toi !

  3. La réécriture est essentielle à nos travaux. Bien sûr il faut savoir mettre le point final à ses phrases et puis attendre de voir comment le lecteur nous reçoit. Je ne me fais pas de soucis pour toi…
    Jonas

  4. Bonjour Jamadrou
    Tu as parfaitement compris, le RIEN. Le rien, ce sont les regards qui se détournent, c’est l’indifférence, les petites mesquineries qui font que les sans-abri sont déshumanisés… Peu à peu.
    Les vilaines petites bêtes, pourtant ont leur utilité… Ainsi dans le roman, ce sont ceux de la rue, qui un jour peut-être grignoteront ce qui se présente… Mais je ne dévoile rien !
    Je n’ai pas saisi ta question « RIEN TOUT qu’est-ce dont ? » Le tout serait peut-être juste une attention, un sourire non ?

  5. Bonsoir Pascale
    Je ne regrette pas d’être venu, celle-ci je ne la connaissait pas, c’est vrai que certains flics y vont un peu fort, on dirait qu’ils se vengent sur des faibles, étant frustrés de ne pouvoir faire leur boulot avec des personnes du grand monde ou pire, quand ils ont la trouille de la vraie délinquance

    Je ne m’attarde pas, je souffre beaucoup et j’écris d’un doigt, si tu veux plus d’information sur mon accident, j’ai fait un article à cet effet la semaine dernière
    Bisous et douce nuit
    Le Noctamplume

  6. Les termites, vilaines bêtes, font un travail de destruction très lent, méticuleux et particulièrement efficace; on s’aperçoit de leur présence quand tout est détruit.
    Ce TOUT dans ton roman qu’est-ce donc?
    Oh! je crois bien tristement le savoir.
    Ta dernière phrase « percute », « un casse croûte, c’est mieux que RIEN, Gilles est reconnu c’est important c’est le signe qu’il est encore humain. »

    Un jour j’ai vu une très chic dame mettre un imperméable à son chien.
    c’est important qu’elle le protège bien, c’est le signe que c’est un chien qui ne manque de rien. (…bien sûr que mon sourire est jaune!)
    Notre société a perdu le nord, elle ne retrouve plus ses priorités.
    RIEN TOUT qu’est-ce donc?

  7. Bonsoir Pascale… Quand on est plus rien dans la vie car sans travail et sans toit…. un peu de baume sur la fin du texte…. Merci, jill

  8. Ah merci Cardamone ! Une remarque qu’il me faudra suivre ! Le court extrait n’en dit pas beaucoup en effet, mais je crois que je ne m’appesantis pas assez sur mes personnages. Ils me sont si familiers parfois, que je crois qu’en insistant sur eux, ce serait ennuyeux pour le lecteur… Alors que le lecteur… il n’est pas dans ma tête !
    Je ne suis pas auteur-télépathe…

  9. C’est fort! Un bon texte! J’aime les « témoignages extraterrestres, voire des figures préhistoriques », j’essaie de les imaginer, tu pourrais les décrire davantage?
    Bon dimanche! et bon courage, bonne inspiration pour l’écriture de ton roman!

Vos pensées

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s