Maraude du 19 juin. Un appel ?

Les maraudes se suivent et ne se ressemblent pas…

C’est dans une chaleur orageuse, hier, que Nathalie et moi avons commencé la maraude.

***

Les vêtements collent à la peau, et nous pensons déjà à la douche que nous prendrons le soir. A cette eau bienfaitrice que nos amis qui dorment dans la rue ne connaissent pas.

L’été, vous pensez sûrement que c’est la fête pour les sans-abri, ils n’ont plus froid. Exit les couvertures et les doudounes !

Mais… Le soleil c’est bien lorsque dans le confort de nos maisons, on se glisse sous la douche, une, deux, trois fois par jour pour retirer la sueur qui colle à la peau. Ceux de la rue n’ont pas de douche !

Tout juste quelques fontaines auxquelles certains ne résistent pas et se plongent habillés pour sentir un peu de fraîcheur…

Et les regards des passants dire « regarde-moi ça ils ne respectent rien ! »

Je n’avais pas envie de penser aux morts de l’été, à ceux qui se déshydratent et dont le cœur fatigué par la lutte de l’hiver s’arrête brusquement, sans que l’on s’y attende ! Pourtant comment ne pas y penser ?

Comment oublier Yves décédé la semaine dernière  dans la rue entre ses deux copains, qui ne parviennent pas à retrouver un soupçon de sourire depuis que la voiture des pompiers a emmené leur pote, qu’ils ne reverront jamais ?

Puis il y a Octavianus. Seul contre la porte cochère de la rue Victor Hugo. On lui a piqué ses papiers d’identité. Il a le bourdon. Le trouvera-t-on la prochaine fois, alors qu’il n’a plus rien pour prouver qu’il n’est ni un criminel, ni un voleur qui risque fort d’être raccompagné à la frontière puisque ses papiers lui font maintenant défaut. Comment s’y prendre pour demander le renouvellement d’un titre d’identité sans aucun justificatif en sa possession ? Octavianus, il n’est pas footballeur, ne sera pas recruté par un club français à l’instar de  Aurelian Chitu dont le transfert avoisine les 700 000 euros… D’ailleurs il est trop vieux. Vieux et résigné. Il semble attendre qu’on le jette dehors.

La maraude est triste. Grazian est revenu, là-bas c’est pire. Comment est-ce possible ? Qu’est-ce qui est pire que de mendier pour faire subsister sa famille et dormir dans la rue ?

Octavianus, malgré sa résignation et la violence qu’il a subi de la part de ceux qui l’ont volé, pense aux autres. Il nous indique la place Ampère, là-bas y a du monde nous dit-il. Des gens comme lui.

Alors on l’embrasse, et on y va. Voir « le monde ». On terminera là. Auprès de ces quelques habitués. Amar, Hervé, Fidji la chienne qui prête son corp/oreiller à l’un d’entre eux, passablement saoul. Ils le sont tous d’ailleurs. La chaleur donne soif !

Pourtant ils nous accueillent avec le sourire, lorgnent un peu nos nichons. Deux nanas avec la gamelle ! Pardi !

On s’assoit, c’est presque comme un après-midi pique-nique.

Hervé à la guitare, avec sa voix rauque… Un état de grâce presque…
Les maraudes c’est aussi cela : quelques moments partagés, sans plus se poser de questions, en laissant les différences de côté, ainsi que tous ces jugements…
Simplement… La rencontre…

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8 réponses à “Maraude du 19 juin. Un appel ?

  1. Si j’étais président…
    Mais faut croire que ce qui te « turlupine » ne remonte pas jusqu’au cerveau des plus nantis, enfin pas tous, car il serait stupide de généraliser…
    Bisous Noctamplume

  2. Bonsoir Pascale

    Tu m’a fais penser à un truc qui me turlupine déjà depuis longtemps, quand tu penses que tous ces sportifs de hauts niveaux avec des transferts et salaires faramineux dont on ne sait même plus de où vient l’argent? On devrait les obliger à avoir un aide payé au smic , surtout que les terrains et les vestiaires sont le plus souvent entretenus par de bénévoles
    Et puis important, une taxe sur le salaire pour reverser aux plus démunis

    Merci de ce partage émouvant
    Bisous
    Le Noctamplume

  3. Pascale, je ne pense pas que ton écriture soit égoïste, elle est témoignage.
    si en plus elle te soulage, libère de tes nuits de maraude alors continue à nous raconter ta façon de traverser la misère.
    les témoignages des médias arrivent à ne plus être crus ni même entendus.

  4. Non, merci à toi pour cette lecture, et cette critique constructive, voire… rassurante
    sans les lecteurs, nous ne sommes rien que des petits bouts de ficelle sans lien.
    Sans doute ce que tu appelles « travail » est-il le seul moyen de m’extraire de toute cette détresse.
    Du coup, c’est très égoïste !

  5. il n’y a pas que description
    il y a beaucoup d’émotion
    et la plus douce: la tendresse.
    tu es sur le terrain et moi j’attends d’avoir des nouvelles d’Octavianus et j’ai une pensée de repos bien mérité pour Yves.
    Plus l’émotion passe plus le message frappe
    Merci pour tout ce travail Pascale

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