Petites scènes de violence ordinaire dans une institution médico-sociale. Extrait. « J’accuse » !

       Voici un extrait de ce que j’appelle « Petites scènes de violence ordinaire dans une institution médico-sociale », titre du récit  de mon parcours ubuesque dans un ITEP. Un passage de quinze ans : plusieurs années de harcèlement, de non-dits, de violence (et ne nous y trompons pas, ce ne sont pas les mômes qui sont les plus violents !), qui m’ont valu une dépression et un mal de dos qui ne me quitte plus depuis huit ans… Mais je suis toujours vivante !

D’autres extraits se trouvent en haut, dans le « chantier » !

       À l’institution, on n’y fait pas de miracle, même si quelque crucifix subsiste en haut, sur le toit. Certaines de ces anciennes institutions conservent les vestiges des temps où elles étaient religieuses. On tente d’apprivoiser les petits sauvageons que l’on nous confie. Pour qu’ils se sentent moins abandonnés. Mais, les mômes dont aucune école ne veut plus, et qui ne veulent plus d’aucune école, on ne les apprivoise pas comme ça. Un peu illettrés, un peu paumés, ils se rebiffent, contre leurs peurs, contre l’univers dont les largesses furent assez médiocres.

À l’institution, il y a des éducateurs, des orthophonistes – pas beaucoup – des psychologues – peu – des femmes de ménage, un directeur, parfois une directrice, un chef de service, des secrétaires… Et des jeunes que l’on pourrait appeler élèves même si ce terme ne fait pas partie de leur répertoire.

Moi, je fais l’enseignante. Autant pisser dans un violon, me direz-vous, que d’essayer d’enseigner à des gamins habitués à l’échec scolaire, à la déscolarisation, convaincus de l’inutilité de l’école et de leur propre inaptitude.

Il faut une sacrée dose de volonté et de patience pour espérer les emmener dans la classe dans un premier temps, qu’ils s’y assoient dans un temps second, et qu’ils acceptent d’écouter. Un peu. Ensuite, on espère – on peut rêver – qu’ils consentent à coopérer, à s’inscrire dans un projet,  dans un temps plus ou moins lointain. Plutôt lointain d’ailleurs.

Je fais le clown, pour dédramatiser la situation. Ils n’en croient pas leurs yeux qu’une enseignante fasse le pitre. Je ne me force pas, le sérieux, le raisonnable n’ont jamais réussi à s’ancrer en moi. J’ai l’adolescence tenace.

Du coup, ils oublient – un peu – mon étiquette d’enseignante. Mais lorsque je leur propose une tâche, une étude, quelque chose qui ressemble de près ou de loin à l’école, ils se hérissent à nouveau. Toutes griffes dehors, ils répondent à l’agression. Une intrusion dans leur cerveau de révoltés. Ils sont révoltés contre l’école, les adultes, les lois qu’ils voient bafouées depuis leur naissance par les hommes politiques, les « grands », alors pourquoi eux, se plieraient-ils à ces lois ? Pour eux, l’adulte est devenu un péril, un empêcheur de tourner en rond, un brise-rêve, un « casse-couille »… 

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8 réponses à “Petites scènes de violence ordinaire dans une institution médico-sociale. Extrait. « J’accuse » !

  1. Ah Jonas, en fait ils m’ont tellement apporté que je ne suis pas sûre de leur avoir apporté autant finalement.
    La violence des adultes m’a bien plus touchée, voire démolie que la leur, qui somme toute n’était que la seule réponse qu’ils ont trouvé à cette société bien malade…
    Mais oui, nous leur avons légué cette planète en l’état !
    Bises Jonas

  2. Salut la belle !
    Je ne sais pas si je les ai « bien compris », mais j’ai tenté de le faire en tout cas !
    C’est presque de l’histoire ancienne, déjà, mais ils sont encore présents en moi, de temps à autres je me souviens de ceux que je nomme (avec une certaine tendresse) les petits animaux, pareils au renard du petit prince de Saint Ex…
    Amitiés

  3. Bonjour Pascale !
    Cela fait longtemps que je ne suis pas venue te lire… J’aime beaucoup ce futur roman (son titre aussi d’ailleurs) et encore une fois ce récit m’a touchée.
    Tu comprends bien les problèmes de ces jeunes, et l’empathie est essentielle quand on veut aider.

    Bises, bon week-end !

  4. Bonjour Pascale,

    J’ai des amis du côté d’Evian qui, depuis des années, dirigent une maison d’accueil pour adolescents. Je contribue modestement à cette action en adhérant depuis toujours à l’association qui gère administrativement l’initiative. J’ai parfois l’occasion de m’y rendre. Je toujours été scotché par cette force que vous avez, vous les éducatrices et les éducateurs (au sens large du terme). Je me sens bien inutile devant votre sacerdoce, alors je tente de redoubler d’humanité dans ce que j’écris. On a tous un tribut à se verser.

    Bien à toi.
    Jonas

  5. Bonjour…J’aime votre blog et je vous remercie d’avoir honoré mon article d’un de vos commentaire! Courage à vous pour ce corps qui parle des maux qu’il n’arrive plus à porter…Courage pour l’écriture de ce livre…Plein de bonnes choses à vous! bien sincèrement…

    Bergamotte

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