Paris vs Lyon. Roman épistolaire (2)

         Lyon, le 30 mars

 

 

Très chère Jeanne,

 

Décidément je fais de singulières rencontres depuis quelque temps. Une drôle de femme près de la gare de Perrache était assise sur un banc, sur la place Carnot. Elle regardait les pigeons. Depuis longtemps, les bisets ont envahi les villes, les gares où ils trouvent de la nourriture plus facilement que dans les campagnes. Ils se nourrissent des déchets que les hommes abandonnent. Des bris, des miettes de sandwich laissées par tel ou tel voyageur pressé à cause du train qui entre en gare, annoncé au dernier moment par la voix sexy de la SNCF en quai A, alors qu’à l’habitude il s’amarrait au quai J.  Une aubaine pour les pigeons que ces changements de dernière minute !

Dans les squares des cités, les petites vieilles s’assoient sur les bancs publics avec dans le creux d’un sac de papier, des graines, des miettes de pain rassis, qu’elles lancent aux oiseaux, invectivant les plus gros, hardis qui empêchent les petits d’accéder à la nourriture offerte. Les pigeons sont comme les clochards, ils grignotent les restes.

La place est déserte en cette heure de la journée. Les travailleurs se sont agglutinés dans les transports en commun, ont regagné leur officine, agence, comptoir. Les rues retournent au calme jusqu’à la sortie de fin de journée. Les tumultueuses allées et venues reprendront le soir.

La vieille femme semblait vivre dans la rue. J’observe son manège depuis quelques jours. Je n’ai que cela à faire. Chaque jour, cette burlesque vieille femme à la démarche élégante, accompagnée de deux caniches s’assoit sur le même banc. Les deux chiens contemplent les allées et venues des oiseaux autour du banc. Ils picorent quelques miettes disséminées çà et là. Les pigeons chassent les plus frêles d’entre eux. Un minuscule moineau a décidé de tenir tête aux bisets à coups de bec. Les grands oiseaux se retirent sur son passage.

Avant elle se glissait sous les ponts de la Saône, sa silhouette oblongue se distillait le long des marches des petits escaliers sombres qui descendaient jusqu’à la rivière. Pareille à ces lutins qui se déhanchent au sortir du jour dans les sylves des pays septentrionaux, lorsque les brumes écumaient au-dessus de l’onde, elle en profitait pour se faufiler sous une passerelle, gagnait le quai et se pelotonnait contre les briques grises de l’édifice. Elle se sentait en sécurité mais l’humidité ambiante lui gelait les os, étranglait les muscles. Aujourd’hui, une tente lui fournit un confort relatif.

J’ai discuté avec elle avant-hier. C’est étrange, elle ne semble même pas en colère. Sa voix est douce et posée lorsqu’elle me conte son histoire. Elle est dans la rue depuis plusieurs mois, et au sortir de l’hiver, elle est simplement contente de n’être pas morte. J’aimerais tant être aussi désinvolte ! Elle passe son temps à déambuler dans les rues de la Presqu’île. C’est fou.

L’histoire que tu m’as racontée est-elle véritable ou est-ce une pure fiction de ton invention ? Dans ce cas tu ne gagnerais pas de point !

Bien à toi,

Jean

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4 réponses à “Paris vs Lyon. Roman épistolaire (2)

  1. Désolée de délaisser le blog et de répondre aussi tardivement Noctamplume !
    Contente que tu te sois « marré », c’était le but !
    à tout bientôt…

  2. Bonjour chère Pascale
    Je viens de recevoir ta News et j’ai pu la lire de mon PC, dans ma boîte mail?
    Par-contre, impossible d’accéder à cet article sur ton blog?

    Je me suis marré du début à la fin de ta lettre.
    bisous et bonne semaine
    Le Noctamplume

  3. Une utopie… Et pourtant… Il suffirait de peu, puisque déjà associations, collectifs citoyens et collectivités locales s’emploient à amener un peu, tout petit peu de bien être à ces exclus de la rue, qui pourraient être toi, ou moi, ou lui, comme tu l’as fait remarquer !
    Heureuse de te retrouver entre mes lignes Le Noctamplume !
    à tout bientôt…

  4. De jolies mais très tristes histoires que tu nous racontes là chère Pascale, ça fait réfléchir, ça me fait réfléchir que si il y a quelques années en arrière, je n’avais pas pris le taureau par les cornes et investi, je serais actuellement dans la rue tellement , j’ai une maigre retraite et que la vie est de plus en plus chère au prorata de ce que l’on touche.

    Et qu’il ne nous disent pas qu’on va trouver du travail, à partir de cinquante ans, tu auras beaucoup de mal si tu es licencié, alors pourquoi encore reculé l’âge d’y partir? Je n’y comprend plus rien dans ce nouveau monde où on voit bien qu’il y a de plus en plus de pauvres et de plus en plus de grandes richesses, mais de moins en moins de gens moyens avec un salaire décent.

    Bon j’arrête là mon coup de gueule

    Je suis heureux de t’avoir retrouvé, j’ai changé de plateforme et par conséquent de blog et il m’a fallu replonger dans l’ancien parce que j’avais omis de mettre ton lien.

    Je vais m’inscrire à ta Newsletter, ce sera plus pratique pour venir te faire un coucou.

    j’espère que tu vas bien et que la « cloche » tient bon pour arriver au printemps.

    Moi, ça fait longtemps que je pense à des grands parcs aux périphéries des villes avec de grands bâtiments pour les accueillir, mais aussi de grands jardins, des ateliers de diverses « maîtrises » pour les occuper et essayer de leur redonner des repères, mais c’est une utopie.

    je t’embrasse et te transmet toute mon amitié

    Le Noctamplume

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