Maraudes Lyonnaises (12)

         Samedi 16 février

          Le centre-ville était blindé de monde. Le ciel était lumineux et la température clémente avait fait sortir les promeneurs. Isa et moi nous nous frayions un chemin dans la rue Victor Hugo entre les flâneurs. Nous n’étions que toutes les deux, et nous pensions que notre maraude ne ferait pas long feu. Pourtant, nous rencontrâmes une quinzaine de personnes.

Robert dormait sous la corniche habituelle, et son « compagnon »  était revenu. Ils semblent se détester cordialement. Voici deux semaines, celui-là voulait trucider Robert. Il a une dent contre lui. Robert est un voleur dit-il en catimini. Mais Robert dit qu’il se fait voler constamment. Ces deux hommes sont voisins d’infortune, ni l’un ni l’autre ne veut « déménager ». Ils se disputent le lieu abrité, et refusent l’un et l’autre d’abandonner le terrain. On dirait un vieux couple. Nous avons parfois peur que cela finisse mal. Depuis combien de temps traînent-ils l’un à côté de l’autre ? On ne réveilla pas Robert enfoui sous une couverture.

Grazian et Nico auront une tente d’ici peu, les Gamelles du cœur ont reçu un don de Queshua. Merci Queshua ! En voilà une nouvelle qu’elle est bonne ! Après être passées voir Grazian, nous avons emprunté la Rue Victor Hugo donc. Nous croisâmes un pauvre hère, qui nous a rappelé une des raisons pour lesquelles les « hommes de la rue » n’aiment pas fréquenter les foyers, hormis le fait qu’ils sont souvent complets, il sentait une espèce de mariage nauséabond. Pour autant il n’était absolument pas délirant, et l’on sentait qu’un brin de causette lui fit plaisir.  Des rencontres comme celles-ci nous en fiche un coup au moral, nous contraignant à conserver notre bienveillance envers ce prochain qui perd peu à peu son intégrité, celui-là même dont les passants détournent le regard et le nez, tout supérieurs qu’ils se pensent… Si je ne chéris pas les effluves d’un corps négligé, j’examine les circonstances atténuantes.

Gandalf  prit le café, refusa la bouffe, comme d’habitude, ce n’est pas un gros mangeur, Cœur de lion avait aujourd’hui les idées claires et nous tint un discours politique loin d’être insensé, Jean nous gratifia d’un sourire, alors qu’il souffrait copieusement du dos, en silence sur un banc accompagné de David, un ancien – vingt-trois ans de rue –  qui semble protéger ses frères des rues, comme il les nomme, veillant sur eux comme un ange expérimenté.  Il semble même trouver à « sa rue » un certain charme…

Nous vîmes une quinzaine de personnes, des renards apprivoisés, et d’autres.  La rue va au gré des marées de frères des rues qui vont et viennent, disparaissent parfois, nous laissant inquiets, pour réapparaître de nouveau, plus tard, et nous rassurer, car l’on finit par s’attacher à ces potes de la rue…

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