Maraudes Lyonnaises (9)

        Se retrouver. Les retrouver. Nico et son petit chien Lassie. Grazian et son grand chien Pouffy. Cette femme avec un autre chien… Ceux-là ont en commun l’affection de leur bête. Ceux-là ont en commun leur famille au loin. Ceux-là ont en commun de dormir « à l’abri ». Un squat, un immeuble délabré et désaffecté.  Une maison abandonnée. Un toit comme pour dire qu’ils ne sont pas sans domicile. Étrange expression que celle-ci. SDF, Sans Domicile Fixe. Sans-papiers… Sans… Sans rien.

         Cette femme que l’on ne connaissait pas, pour nous rendre à l’évidence, même après trois mois, on rencontre encore quelques visages inconnus. Cette femme vient là depuis des mois, des années peut-être. Et nous ne l’avions jamais abordée. Les mailles de notre filet avaient un accroc. Un oubli et l’on se sent coupable. Comme si nous voulions effrontément raccommoder le monde. Comme si nous pouvions réparer, tous seuls, comme de bons petits soldats ! Quel manque de modestie ! Bon je cesse de nous flageller mes camarades et moi. Je m’exaspère et j’en oublie l’essentiel. Je me tourmente parce qu’au-delà des sourires et de la chaleur pénétrante que l’on reçoit en retour de ces maigres tributs, je suis profondément heurtée. Je suis, nous sommes… Heurtés par l’iniquité qui rime avec…  Droits essentiels bafoués. On pisse dans un violon. On secoue le vieux pommier sans fruits.

         Cette femme vit dans une maison abandonnée. Elle est même presque heureuse d’avoir trouvé ce toit. Elle nous parle de ses enfants, de sa vie, de là-bas. Ici. Elle nous parle simplement, sans amertume. Discrète dans son fléau. Dans l’acceptation presque. Merde !

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4 réponses à “Maraudes Lyonnaises (9)

  1. Merci Esclarmonde. Il n’est pas toujours aisé d’évoquer des destins tragiques sans trop de pathos…
    L’écrit se situe à mi-chemin entre le désir de partager de ses émotions, et celui d’attirer l’attention…
    à tout bientôt !

  2. Curieuse question, en effet que posent là mes mots, presque guerriers… Presque trop…
    Réussir ? Quel objectif ? Le seul si tant est qu’il y en ait un, serait celui de la rencontre, de soi, de l’autre…
    Merci à vous Nathanaël, qui me « forcez » à analyser mes propres mots, et ma démarche !
    J’espère que ce dimanche au démarrage philosophique aura trouvé un écho serein ensuite !
    Amitiés…

  3. La question de l’acceptation est, me semble t-il, essentielle cependant . Vous évoquez un filet et des petits soldats … Une aide sincère s’accompagne t-elle d’un objectif , entreprendre nécessite t-il d’espérer ? Et même faut-il réussir pour persévérer ?
    Ouh la la , je me suis un peu lâché là … 7:15 faut que j’aille bosser en ce dimanche matin , grâce à vous je suis déjà dans la rue ! À bientôt Pascale et merci…quand même !

  4. Une amie de ma mère allait visiter les gens dans les hôpitaux où elle a rencontré des personnes, pas forcément à la rue, mais avec des destins terribles, affreux de solitude et de maladie et ces récits ressemblent aux tiens qui sont très bien écrits. Bonne soirée

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