Maraudes Lyonnaises (2)

Sans titre 6

Ce soir, la lune est pleine. La maraude nous a emmenés dans les rues de la Presqu’île, à Lyon. Nous étions trois cette fois, sous une pluie fine, nous arpentions ce centre-ville aux boutiques déjà illuminées. C’est bientôt Noël, les commerçants le savent, ils préparent leur chiffre d’affaire. Les lumières de la ville s’allument, les décors de fêtes commencent à poindre. Et puis, la fête des lumières, le huit décembre, c’est bientôt. Une multitude de fourmis implantent les lumières, les installations qui accueilleront les visiteurs venus de toute l’Europe. Ce sera beau, sûrement. La ville est toute à ces préparations festives. Même si le regard brillant d’un enfant devant les illuminations, ça tue, je suis un peu aigrie ce soir…

Pourtant, ceux que nous avons rencontrés ce soir ne préparent aucune fête. Ils ont besoin de tout, même de chaleur humaine. Ils se sont réfugiés le long des immeubles, tout contre, pour ne pas être trempés par la pluie qui n’a cessé de tomber depuis quelques jours. Leurs chaussures baillent, parfois les orteils semblent vouloir s’échapper…  Mais j’étais heureuse de trouver les deux messieurs qu’une maraudeuse m’avait signalés, l’un à la barbe blanc gris et cheveux longs, on aurait dit Gandalf le gris, presque en retrait, l’autre, plus avenant, ancien boxeur m’a-t-il dit, ce qui ne l’empêche pas de se faire dévaliser, « ça fait quatre fois en quelques jours » me confia-t-il. Mais tous deux arboraient fièrement les tennis neufs fournis par la croix rouge.

Remontant vers la gare Perrache, le marché de noël battait son plein, odeur de marrons chauds et de vin à la cannelle. Mes protégés se sont éloignés, sans doute les policiers veillent-ils au grain : il ne faut pas dissuader les acheteurs ! Qu’importe, quelques autres habitués des couloirs glauques de la gare se cachent sous les trémies.

Les mauvaises langues m’ont dit une fois, « les rues sont pleines d’étrangers », ça veut tout dire. Non je leur réponds, pas seulement, il faut bien regarder, les rues sont pleines d’hommes et de femmes, et d’enfants même, qui ne demanderaient pas mieux que de travailler, ou d’aller à l’école, qui ne trouvent sûrement pas amusant de courir les trottoirs pour mendier. Les mauvaises langues ne savent sans doute pas que les droits de l’homme, le droit de becqueter, de dormir au chaud, et pas sous un carton, dehors, ou dans une allée d’immeuble – sans interphone l’immeuble – ces droits de l’homme donc, sont universels. Ils doivent donc s’appliquer à tous… Non ?

Deux Roms donc, deux hommes passent leur journée là, sous l’un des passages de la gare. Depuis trois ans. L’un, il s’appelle Mihail, parle trois langues, parce que ma bonne dame, certains d’entre eux vont même jusqu’à se cultiver ! Plus encore que vous, qui ne savez la faire fonctionner, la vôtre de langue, qu’en français, et encore… Je leur ai promis de revenir mardi pour leur apporter un sac à dos, le leur était troué. « C’est loin mardi » me souffla Mihail.

Comme il y a quinze jours, les rencontres furent pleines de sourires, de mains sur le coeur, et, pour moi, cela vaut toutes les lumières de la ville…

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