Maraudes Lyonnaises (1)

Ill y avait grand soleil sur Lyon, la température était presque clémente. Nous étions sept à arpenter les rues du quartier de la Part-Dieu à la rencontre des personnes sans-abri.

C’était ma première maraude, même si j’avais mes habitudes auprès des sans-abri du quartier. Un bref instant pour faire connaissance, et nous nous lancions à la recherche de ces amis de la rue. A quelques mètres à peine de la gare, un homme, d’origine étrangère, mais qu’importe, s’exprimait en anglais. Il était installé avec deux potes, sous un abri de fortune – c’est dingue ce nom « abri de fortune » – installés sous l’avancée d’un immeuble, toujours l’un d’entre eux restait près des affaires empilées là, sur des cartons, pour qu’elles ne disparaissent pas : quelques frusques, des couvertures, une assiette en plastique emplies de mégots de cigarettes…
L’homme était sympathique, chaleureux même. Nous lui offrîmes du café, « sans sucre » répétait l’une d’entre nous, désolée de l’avoir oublié – le sucre – le gâteau que j’avais fait, il le trouva « délicieux », j’étais ravie tout simplement de ce compliment. L’homme était corpulent, nous n’avions presque rien à sa taille. Nous étions déçus de ne pouvoir faire davantage.
Nous rencontrâmes ensuite un homme seul, sous un pont, il était étendu sur un matelas sous des couvertures. Il s’éveilla, enfila ses chaussures pour nous accueillir, d’un sourire, la voix embrumée. Distribution, serrage de paluches, promesse de revenir, et comment !
Après quelque temps à arpenter les rues, nous nous rendîmes à Perrache. Là se trouvait un vieil homme qui paraissait seul. Café, gâteau, un duvet, couverture de survie, remerciements chaleureux, lorsqu’un couple débarqua avec un gosse haut comme trois pommes, bientôt suivis d’un homme, la quarantaine avec un garçon de treize ans qui en paraissait dix. Ils me rappelaient les familles qui m’avaient tourmentée lors de mes recherches pour mon précédent roman. Ils dormaient à même le bitume. Le petit avait un pied nu. L’autre était fier de répondre à ma question d’enseignante « tu vas à l’école ? » par un « oui » tout sourire ! Bien sûr qu’il y allait à l’école, son français était impeccable, ses yeux pleins d’effervescence. Je vidais ma valise de son contenu, les autres maraudeurs vidèrent leurs sacs en quelques minutes. Nous étions désolés, encore, de ne pouvoir leur donner davantage.
Je les aurais embrassés tellement ils me remplirent de joie. Les « merci » n’en finissaient pas.

Notre dernière rencontre fut cet homme qui attendait sagement à quelques mètres, que ce fût son tour. Un pote s’était approché, sa grimace me fit rire lorsqu’il se rendit compte que son café s’était transformé en thé à la pomme. Il semblait détester, sans trop oser le dire.
Je suis rentrée, le baume au cœur, ils n’ont rien, pourtant ils m’ont inondée d’une joie sublime.
C’est con… non ?

Alors j’ai un « merci », à mon tour, à adresser, à ces nouveaux amis face auxquels certains détournent le regard, des fois qu’ils mordent, et aux autres, les potes maraudeurs, merci de m’avoir donné cette occasion unique : la rencontre… la vraie… sans fards ni masques…

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